Guitare classique : comment le manche est-il assemblé et fixé à la caisse ?

Publié le : 18/08/2018 18:33:44
Catégories : Guides

assemblage manche guitareLa conception d’une guitare classique est un travail d’orfèvre qui demande beaucoup de rigueur et de minutie. Les différentes étapes de fabrication, réalisées manuellement ou à l’aide de machines, influeront fortement sur la qualité de l’instrument. Choix des essences de bois, séchage, découpages et assemblages des différentes pièces, vernissage et ponçage, autant de sujets que nous pourrions aborder ici. Toutefois, nous allons nous intéresser aujourd’hui à une des étapes décisives dans la conception de la guitare : l’assemblage et la fixation du manche avec la caisse.

L’assemblage du manche est une des phases les plus importantes pour la fabrication d’une guitare, quel qu’en soit le type, c’est aussi très certainement la plus délicate à réaliser. De ce montage dépendra plusieurs caractéristiques de la guitare, notamment sa hauteur de corde et la pression exercée par les cordes sur le chevalet, par conséquent la qualité et le choix de la technique de montage influe sur la jouabilité et la sonorité de l’instrument.

Ici, nous allons détailler deux techniques d’assemblage largement répandues chez les luthiers et les fabricants de guitares, celles de la queue d’aronde et du talon espagnol.

L’assemblage en queue d’aronde

La queue d’aronde est très certainement le mode de fixation le plus fréquent, pour la simple et bonne raison que cette technique est bien plus adaptée à une production à grande échelle. Cela ne sous-entend absolument pas que cet assemblage offre une qualité moindre comparée aux autres, ici c’est la précision de l’ajustage qui déterminera la transmission du son vers la table d’harmonie, ainsi que la bonne résistance à la traction des cordes.

Cet assemblage tire son nom du fait que son tenon ressemble à la queue d’une hirondelle. La queue d’aronde est donc composée d’un tenon de forme trapézoïdale, il vient s’insérer dans une rainure (ou mortaise) située sur le corps de la guitare. On a donc une pièce mâle, le tenon, et une pièce femelle, la mortaise qui, une fois ajustés assurent un très bon maintien du manche sur la caisse de l’instrument. Ce mode de fixation permet même de se passer de colle ! Toutefois, la plupart des fabricants déposent tout de même quelques points de colle afin de remédier à d’éventuels mouvements du bois. En effet, en fonction du niveau d’hygrométrie, les dimensions de la pièce de bois peuvent varier, c’est ce que l’on appelle le retrait de bois.

L’avantage majeur de cette technique est évidemment de pouvoir être largement mécanisée, mais pas uniquement. Tout d’abord, la queue d’aronde permet d’obtenir un assemblage sans perte d’espace (s’il est bien réalisé). En clair, le manche et la caisse sont joints de surface à surface, ce qui améliore nettement la transmission et la qualité du son comparé à un assemblage boulonné, dit « Bolt On », qui n’est rien d’autre qu’un manche vissé. L’autre intérêt de la queue d’aronde est d’offrir un bon renversement, c’est particulièrement utile pour les guitares folks dont la table d’harmonie et le chevalet doivent supporter plus de 60 kg de tension, mais aussi pour les guitares à cordes nylon même si la pression exercée est beaucoup moins forte. Pour rappel, le terme renversement désigne l’angle du manche par rapport à la caisse de l’instrument.

Le talon espagnol

La technique du talon espagnol est légèrement plus complexe que la queue d’aronde, dont la plus grande difficulté réside dans l’ajustement du joint. En effet, la méthode espagnole, prenant racine à travers plusieurs siècles de tradition de lutherie, n’est réalisable que de façon artisanale. À ce titre, on réserve souvent ce mode de fixation sur des guitares de types classique et flamenca, généralement de provenance d’Espagne, comme c’est le cas avec les instruments de fabricants comme Alhambra, Admira, Prudencio, ou encore Manuel Rodriguez.

Sur les guitares conçues de cette manière, on peut apercevoir une pièce de bois à l’intérieur de la caisse de résonance, pièce que l’on nomme « le talon ». Il s’agit en fait du prolongement du manche qui vient plonger dans le corps de la guitare, le manche et le corps ne forment alors pour ainsi dire qu’une seule et unique pièce. Cela rend la conception plus complexe pour différentes raisons. Tout d’abord, pour assurer une stabilité optimum, deux rainures sont creusées de chaque côté du talon. Elles doivent être réalisées avec beaucoup de précision, car c’est elles qui vont recevoir les éclisses, ces dernières s’y insèrent et sont ensuite fortifiées par l’ajout de cales en bois afin d’atténuer la pression des cordes, qui sont souvent des cordes de fort tirant sur les guitares classiques espagnoles, y compris pour les flamencas.

La complexité du talon espagnol vient aussi du fait que la guitare doit être entièrement fabriquée autour cette procédure. Par exemple, un canal doit être creusé au bout du manche afin de coller la table d’harmonie, cette phase est appelée l’enclavement, le dos est également collé sur le prolongement du talon afin d’offrir, encore une fois, une stabilité supplémentaire.

La tradition espagnole a forgé l’histoire de la guitare, c’est d’ailleurs au 19e siècle que le luthier et guitariste Antonio de Torres a donné à cet instrument la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Le talon espagnol est moins connu du grand public, pour cause c’est une technique artisanale qui demande un grand savoir-faire. Le talon est véritablement sculpté, taillé et façonné telle l’œuvre d’un ébéniste. Il en résulte des guitares bénéficiant d’une très grande stabilité, d’une durée de vie incomparable et offrant de riches sonorités. La solidarisation du manche et de la caisse permet en effet d’avoir une bien meilleure propagation des vibrations comparée aux autres méthodes de fabrication de guitare acoustique, par conséquent le panel de sonorités est plus varié, plus large et précis, surtout si les bois utilisés sont de qualités, ce qui est généralement le cas. Cependant, la fabrication de guitare espagnole de façon artisanale est souvent beaucoup moins accessible au niveau du prix, ce qui est somme toute bien logique si l’on prend en considération le temps et l’attention que demande un instrument de cette sorte. Mais c’est aussi à ça que l’on reconnait un grand fabricant de guitares, la présence d’instrument possédant un talon espagnol dans leur catalogue est effectivement un bon gage de qualité et de savoir-faire. On ne peut pas en dire autant sur les manches vissés qui sont, bien souvent, uniquement préféré pour leur rapidité de fabrication et le faible coût que cela représente.

Queue d’aronde ou talon espagnol, que choisir ?

Pour conclure et comme vous l’aurez peut-être compris, les modes de fixation en queue d’aronde et en talon espagnol représentent certainement les meilleures alternatives pour l’assemblage d’une guitare en termes de qualité et de rendu sonore. Tout dépend ensuite des caractéristiques recherchées, de la sonorité, de la stabilité et bien entendu du budget que vous pouvez allouer dans l’achat d’une guitare.

Chaque guitariste aura sa préférence suivant ses habitudes, son style de jeu, son tirant de corde, ou plus simplement la confiance qu’il accorde aux différents fabricants de guitares. Le mieux est encore d’essayer différentes guitares afin d’en apprécier les subtilités que vous pourrez ressentir entre chaque modèle.

Enfin, il faut tout de même garder à l’esprit que, peu importe la technique de fixation du manche à la caisse, la chose la plus importante et qui, au final, se répercute le plus sur la guitare, c’est bel et bien la qualité d’exécution de la technique. Autrement dit, un manche vissé peut être de bien meilleure facture qu’un manche avec joint en queue d’aronde ou avec un talon espagnol, si ceux-ci n’ont pas été confectionnés avec rigueur et attention.

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