La voix, une Chasse au Trésor.

Publié le : 07/05/2018 15:57:00
Catégories : Artistes

Sylvie JeanneRéflexions et regards sur quelques années d’expérience au sein des Ateliers Chant-Sons
par Sylvie Jeanne

Lorsque je reçois pour la première fois un élève potentiel, (c’est à dire un être s’interrogeant sur son rapport au chant, à la voix, et à la musique en général), à l’instant précis de cette rencontre où je lui demande le « pourquoi « de sa visite, il me parvient une réponse généralement déjà répertoriée au catalogue des bonnes raisons de commencer ( recommencer ) le chant :

En vrac, non exhaustif et sans hiérarchie d’ambition :

Se faire plaisir une heure par semaine, intégrer un groupe ou une chorale, réaliser un rêve de jeunesse, repartir de là où la vie a décidé d’interrompre ce fameux rêve, vaincre sa timidité, se trouver, prendre confiance, découvrir sa voix ... généralement détestée sur le répondeur ... La liste est longue, ouverte, et le travail commence généralement sur l’un ou l’autre de ces pré requis.

Le paysage des premières semaines, des premiers mois d’apprentissage est varié, changeant, et prend souvent l’aspect de montagnes russes; les premiers essais sont parfois timides car on sent que l’on aime cette chanson choisie, liée à un souvenir flou, sans forcément savoir ce qu’elle fait résonner en nous.
Très vite nous abordons les premières notions techniques liées au travail, un vocabulaire, une sorte de Boîte à outils destinée à être ouverte non seulement en cas de besoin, mais également au quotidien, à titre expérimental, pour le plaisir d’essayer, de chercher de nouvelles portes.
Voici donc la première étape Initiatique de cette chasse au trésor, car il s’avère que la Boîte à outils, en s’intégrant ou non dans un quotidien, va faire toute la différence.

Nous arrivons à un carrefour, et deux directions se présentent:

Paysage de la première voie: je chante, tout simplement, et j’applique parallèlement conseils et exercices vus en cours, je navigue de l’un à l’autre, alternance , flux et reflux ...

Choisissant la seconde voie, je m’approprie la fameuse Boîte à outils, qui renferme ces mêmes conseils et exercices, mais s’approprier signifie ici utiliser sans aucune modération, seul, librement, et même parfois à contre courant. Concrètement cela signifie: prendre le contre pied d’un exercice, juste pour voir, essayer des extrêmes, en changer quelque chose, dans l’instant ... pousser un son, effacer celui là, aller chercher plus haut, tenter de descendre plus bas ... appliquer ce conseil à ma voix parlée, au beau milieu d’une conversation à table, sans prévenir, juste pour voir, et pour entendre...
La boîte à outils se remplie curieusement de verbes du premier groupe : essayer, tenter, inverser, recommencer, user, abuser...
Cette liste va d’elle même et très vite s’enrichir des verbes : déguster, s’approprier, aimer, créer ... Cette seconde voie est à mon sens la seule qui tienne ses promesses, et nous conduise à la rencontre de NOTRE voix ! Mais c’est une rencontre qui se mérite, et nous sommes souvent amenés à trébucher sur la pierre sournoise du doute, ( ça n’a pas donné ce que j’attendais ! ) sur les racines émergentes des remises en question ( ma voix ne reflète pas ce que j’imaginerais ... je me percevais autrement ... )

Qu’importe; avons nous sincèrement un ultimatum temporel pour accomplir ce voyage ? N’en vaut il pas la peine ?

Que suis je en droit d’espérer en acceptant ce dépassement ?

En vrac, non exhaustif ( toujours ), et sans hiérarchie chronologique : différencier « J’aime » de « Cela me convient », se connaître vocalement, et par voie de conséquence, se connaître tout court, construire un projet artistique dans lequel apparaîtra toujours en filigrane : notre passé, notre présent, notre chemin à venir, notre rapport aux autres et notre vision du monde.

La Voix, une chasse au trésor, parce que l’on part sans savoir ce que l’on trouvera au bout du voyage, parce que l’on ne sait pas ce que l’on rencontrera en chemin; parce qu’il n’y a pas de durée préétablie à ce voyage, et d’ailleurs se terminera t-il un jour ? parce que l’on n’est jamais certain de l’aspect de ce Trésor que l’on se promet en partant.

Aujourd’hui , plus de trente années d’expérience personnelle m’ont appris une chose : ce chemin lui même est un trésor ... et le temps n’a ici aucune importance. Ne pas s’arrêter en route, avancer ... ce chemin mène à des sommets qui n’appartiennent qu’à nous: la rencontre avec Notre Voix, la rencontre avec Soi.

Par Sylvie Jeanne : https://www.sylviejeanne.com

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